MON ACTION DE RÉDUCTION DES RISQUES EN MILIEU FESTIF, KÉSAKO ?
Par Claire le samedi 10 mai 2008, 11:40 - JOURNALISME & COMMUNICATION - Lien permanent

De 2000 à 2005, j'ai travaillé comme actrice bénévole de Réduction des Risques sur les Raves au sein de la Mission France de Médecins du Monde.
Il faut savoir qu'une Rave, comme un Teknival de plusieurs jours, est un évènement qui peut rassembler des dizaines de milliers de jeunes, généralement sur un espace relativement restreint pour le nombre, et ayant pour la plupart des conduites à risques (prise d'alcool, de stupéfiants, relations sexuelles non protégées, exposition à de fortes intensités de musique...)
La "Réduction des risques" n'est pas à confondre avec la "Prévention". Elle s'adresse uniquement à un public ayant des conduites dangereuses, tandis que la prévention vise un public ne présentant pas encore ces conduites.
La Réduction des risques part donc du principe que, face à une personne présentant des conduites risquées dans ce type d'évènement, la première chose à faire est de :
- l'informer sur sa prise de risques (prospectus sur les effets et méfaits des différentes drogues y compris tabac et alcool, sur les maladies et infections transmissibles (MST et IST), sur l'exposition aux fortes intensités de musique...)
- lui donner les conseils (fractionner les doses de drogue, boire de l'eau régulièrement en petite quantité, se protéger lors de tout rapport sexuel...)
- et enfin les moyens de réduire ces risques (seringue stérile, kit de snif propre, préservatifs, bouchons d'oreille, bouteille d'eau...).
Ceci à fin de limiter au maximum les évènements malheureux susceptibles d'avoir lieu lors des ces manifestations (overdose, contaminations par IST ou MST...).
Dirigé vers le consommateur dépendant de drogues, mon travail consistait donc à communiquer avec le teuffeur sur la nature des risques qu'il encourrait lors de sa consommation de stupéfiants. Je pratiquais dans un endroit clos, généralement l'intérieur d'un camion de Médecins du Monde, le test de "Reconnaissance présomptive de produits" encore appelé "Testing" ou "Test de Marquis". Ce test chimique colorimétrique, très rapide, avait pour but d'identifier, de façon toute à fait présomptive !, certains types de molécules dans l'échantillon de drogue apportée par le raveur. Mais surtout, le testing permettait d'établir un premier contact avec la personne et lui prodiguer informations et conseils. Il donnait également la possibilité de récolter des informations sur les produits en circulation (voir sur les habitudes de consommation) et servait donc, en partenariat avec le Système National d'Identification des Toxiques et Substance (SINTES), de système d'alerte précoce en cas de produits particulièrement dangereux.
Malheureusement très controversé, certaines personnes y voyant un incitation à la prise de drogue, le Testing a été interdit en 2005, et remplacé par un autre procédé d'identification des drogues fiable mais beaucoup plus long et ne permettant pas de contact prolongé avec l'usager, la chromatographie sur couche mince (CCM).
Outre le fait que cela fut une très grande et très riche expérience humaine, cet investissement pendant 5 ans dans la mission "Rave" de Médecins du Monde m'a apporté les bases de la communication et de la transmission des connaissances. J'ai appris à adapter le niveau de mon discours en fonction de celui de mon interlocuteur, à aborder un même sujet selon différents angles et m’a confrontée aux soucis d’impartialité et d’exactitude de l’information diffusée. J'utilise aujourd'hui ces compétences lors de l'écriture de mes articles et lors des cours que je donne à l'université.
NOTES : La photo de ce billet s'intitule "Stand". Elle a été prise durant la Rave party du 1er mai 2004 sur la base militaire de Chambley, dans l'est de la France. Le billet suivant présentera le projet photographique dont elle fait partie.

Commentaires
Quelle photo superbe!